Vous avez repéré cet étrange oiseau noir, blanc et rouge qui nage tranquillement dans la Vilaine à Rennes, au milieu des colverts, et vous vous demandez ce que c’est exactement ? Sa silhouette massive, son bec rouge vif et sa drôle de tête ne passent pas inaperçus. Et derrière cette apparition un peu insolite, il y a une vraie histoire… et quelques questions sur notre rapport aux animaux.
Un oiseau qui surprend : mais quel est donc ce canard ?
Si vous marchez le long de la Vilaine, près du canal Saint-Martin, vous l’avez peut-être déjà vu. Ce canard est plus grand que les colverts, avec un corps solide, des plumes noires et blanches, et une tête marquée de rouge autour du bec. De loin, il semble presque venir d’un autre décor.
Il ne s’agit pas d’une nouvelle espèce sauvage. Cet oiseau est un canard de Barbarie. On l’appelle aussi parfois « tête rouge » à cause de ses caroncules rouges sur le visage. Il nage pourtant comme les autres, mange comme les autres, et semble parfaitement à sa place parmi les colverts.
Le canard de Barbarie : un voyageur venu d’Amérique du Sud
À l’origine, le canard de Barbarie n’a rien de breton. Cette espèce vient d’Amérique du Sud, où elle vit à l’état sauvage. Les Européens l’ont découverte il y a plusieurs siècles et l’ont ramenée en Europe dès le XVIe siècle.
Pourquoi ? Parce que ce canard est rustique. Il supporte bien le froid, l’humidité, et il s’adapte facilement à différents milieux. Un mâle adulte peut peser jusqu’à 5 kg, ce qui en fait un oiseau imposant à côté d’un colvert d’environ 1 kg. Il a donc vite intéressé les éleveurs pour sa chair et sa robustesse.
Un animal d’élevage… qui finit parfois en liberté
En France, le canard de Barbarie est surtout un animal domestique. On le trouve principalement dans le Sud-Ouest et dans le Pays de la Loire, dans les élevages de canards de chair. À Rennes, il n’est pas censé vivre naturellement dans la Vilaine.
Alors comment expliquer sa présence dans le canal ? Deux scénarios sont les plus probables : une fuite ou un abandon. Un canard peut s’échapper d’un enclos, suivre un cours d’eau, et finir par s’installer là où il trouve de la nourriture et d’autres congénères. Mais il arrive aussi que des particuliers achètent un canard de Barbarie « pour le jardin », puis se rendent compte qu’ils ne peuvent pas s’en occuper. Certains choisissent alors de le relâcher dans un canal ou une rivière.
Sur le papier, l’idée semble « gentille ». En réalité, c’est une forme d’abandon. L’animal se retrouve livré à lui-même, dans un milieu qu’il ne connaît pas forcément.
Un canard qui s’acclimate étonnamment bien
Dans le cas de ce canard de Barbarie rennais, tout laisse penser qu’il s’est plutôt bien adapté. Il nage avec les colverts, fréquente les mêmes zones, se nourrit dans la Vilaine, et semble en bonne santé. Sa queue noire qui remue souvent traduit un état de bien-être, un peu comme la queue d’un chien qui remue.
Le canard de Barbarie est robuste. Il peut supporter des températures allant jusqu’à environ -20 °C, à condition d’avoir de quoi se mettre à l’abri et une bonne alimentation. Les oiseaux aquatiques gèrent assez bien les variations de niveau d’eau et les périodes de crue. En cas d’inondation, ils suivent simplement l’eau et se déplacent vers des zones plus larges ou plus calmes. On les voit alors parfois dans des champs inondés, comme les mouettes qui viennent se poser sur ces nouvelles « mares » temporaires.
Inondations, tempêtes : les canards souffrent-ils vraiment ?
On peut se demander si ces épisodes météo violents mettent ces oiseaux en danger. Pour les canards de rivière, la situation est plutôt maîtrisée. Ils nagent vers des zones moins remuantes, se déportent vers des étendues plus calmes, et attendent que la crue se calme.
En revanche, pour certains oiseaux marins, les tempêtes sont beaucoup plus meurtrières. Des épisodes récents ont montré de nombreux macareux et autres espèces retrouvés morts sur les côtes après de violents coups de vent. Ils s’épuisent, sont désorientés, peinent à trouver de la nourriture et finissent parfois échoués sur le littoral.
Quand les oiseaux domestiques finissent dans les rivières
Le canard de Barbarie de la Vilaine est loin d’être un cas isolé. Les associations de protection des oiseaux observent régulièrement des espèces domestiques relâchées dans les parcs, les canaux et les rivières : faisans, perruches, canaris, voire dindes ou autres espèces exotiques.
Pourquoi les retrouve-t-on là ? Souvent parce que des propriétaires ne veulent plus de leurs animaux. L’oiseau devient contraignant, trop bruyant, trop salissant, ou tout simplement encombrant. Plutôt que de chercher une solution adaptée, certains choisissent la facilité et les laissent « dans la nature », en pensant qu’ils sauront se débrouiller.
Mais la réalité est plus dure. Un oiseau domestique n’a pas toujours les bons réflexes pour survivre. Il ne connaît pas les prédateurs. Il ne trouve pas forcément la bonne nourriture. Il peut aussi transmettre des maladies à la faune sauvage, ou au contraire en attraper. Tout cela à cause d’un abandon discret, au bord d’un canal.
Que faire si vous croisez ce drôle d’oiseau à Rennes ?
Si vous voyez ce canard noir, blanc et rouge dans la Vilaine, rien ne sert de paniquer. Il semble bien intégré au groupe de canards. Il nage, se nourrit et interagit avec les autres. Pour lui, cette portion de rivière est devenue sa nouvelle maison.
En revanche, quelques réflexes simples peuvent vraiment aider :
- Ne pas tenter de l’attraper ou de le suivre de trop près. Cela le stresse inutilement.
- Éviter de lui donner du pain. Cela vaut pour tous les canards. Le pain provoque des problèmes digestifs, déséquilibre leur alimentation et pollue l’eau.
- Si vous observez un oiseau blessé ou très affaibli, contacter une association comme la LPO ou un centre de sauvegarde de la faune sauvage.
Si vous tenez vraiment à l’aider, privilégiez plutôt des gestes utiles pour tous les oiseaux d’eau : ne pas jeter de déchets dans les rivières, respecter les zones de nidification, garder les chiens à distance des berges là où ils peuvent déranger la faune.
Un canard pas comme les autres… qui nous pose une question
Ce canard de Barbarie dans la Vilaine amuse, intrigue, fait sourire. Il apporte une touche d’exotisme au paysage rennais. Mais il nous rappelle aussi une chose importante : un animal domestique n’est pas un objet. On ne peut pas simplement s’en défaire au bord d’un canal quand il ne nous convient plus.
Alors, la prochaine fois que vous verrez cette « tête rouge » remuer sa queue noire dans la Vilaine, vous saurez d’où il vient, pourquoi il est là, et ce que son histoire dit de notre manière de traiter les animaux. Et peut-être que, discrètement, vous regarderez aussi autour de vous. Que faisons-nous, chacun à notre niveau, pour que ces histoires d’abandon ne se répètent pas ?










